Petite histoire de la tomate sans goût

Dédicace à Emilie, qui n’aime pas la tomate…

 

Un matin, en discutant avec une collègue (merci Justine !) à propos de mon dernier billet, nous en sommes venu à parler … des tomates. J’avoue que depuis quelques temps, je commence à ne plus vraiment aimer ce fruit/légume*. Cette année, je me suis d’ailleurs battue pour trouver des tomates dignes de ce nom… et c’est dur… mais vraiment très dur.

Finalement, j’ai redécouvert la tomate en achetant quelques spécimens au marché de Gratte-Ciel chez un producteur bio. Elles sont pas mal mais on est encore loin de celles cultivées par papy.

Même en pleine saison, les tomates qu’on trouve un peu partout sont vraiment insipides. Petit point sur les méthodes des industriels.

La naissance de la tomate en plastique

 

De nombreux documentaires expliquent comment les industriels ont réussi à dégoûter la « ménagère » des tomates sans goût : gène de longue conservation, transport réfrigérant, culture hors-sol, etc. Alors qu’une tomate « normale » se conserve environ 4 jours, les tomates vendues en supermarché se conserve une vingtaine de jour. Pourquoi ? Parce que les supermarchés ont intégrés les modes de consommation de leurs clients qui ne faisaient leurs courses qu’une fois par semaine. Donc l’idée était de leur proposer des tomates pouvant tenir jusqu’à leur prochaines courses.

 

Comme le montre certains reportages (voir ci-dessous), plusieurs tomates ont été développées pour répondre à ces nouvelles exigences. Au mieux, les variétés sont hybrides, au pire, elles subissent des modifications génétiques pour être plus fermes, plus rouges, plus rondes et régulières et finalement… sans saveur. C’est comme ça qu’est née la tomate que l’on trouve partout, en filet ou en vrac et qui résiste au frigo pendant un mois.

crédit photo : Le figaro.fr

Devant le dégoût croissant des consommateurs (dites « ménagère ») pour ce type de produit, les industriels ont voulu créer de la tomate plus authentique.

Résultat : on a ajouté des grappes… mais toujours pas de goût. Grand spécialiste de ces tomates industrielles-qui-paraissent-naturelles : les bretons. A croire qu’ils se sont spécialisés dans la culture industrielle intensive bien crade.

 

A la recherche de l’authenticité industrielle

Bon, ça n’a marché qu’un temps. Forcément, c’était toujours dégueulasse. Et du coup, les gens se tournaient vers d’autres variétés de tomates non hybrides, les faisaient pousser dans leurs jardins et boudaient tout simplement les tomates de supermarchés. Et parce que les consommateurs préféraient d’ « anciennes » variétés de tomates non hybrides qui avaient du goût, les industriels se sont dit que les consommateurs voulaient du vintage dans leur assiette, de la bonne vieille tomate qu’ils allaient cueillir à même le pied dans le jardin de leurs parents ou de leurs grands-parents (la nostalgie, magie du marketing). Donc, ils ont créé du vintage : la tomate cœur de bœuf et autres tomates jaunes et noires, bien plus chères et légèrement meilleures (ce n’était vraiment pas dur) que les autres tomates de supermarchés.

Je me suis faite prendre au piège comme beaucoup de monde je pense. Mais il faut savoir que la cœur de bœuf comme on la trouve un peu partout n’a rien à voir avec l’originale. Là encore, il s’agit de variétés hybrides.

Tomate coeur de boeuf

Tomate coeur de boeuf / crédit : www.gourmandisesansfrontieres.fr

tomate hybride vendue sous l’appellation coeur de boeuf crédit : www.gourmandisesansfrontières.fr

 

La cœur de bœuf chez Carrefour ou Auchan n’est finalement qu’une tomate indus’ de base croisée avec une cœur de bœuf plus quelques autres variétés.  L’originale étant trop fragile, elle a aussi subi des manipulations pour être plus résistante, plus régulière, plus … etc. Et finalement sans goût… toujours et encore.

Le système pervers du catalogue

A savoir que je parle des supermarchés mais c’est le même business du côté des marchés. On le voit bien d’ailleurs. Donc méfiance quand un vendeur vous propose des tomates et des poireaux sur le même étalage. Pour avoir des produits de qualité, visez les producteurs. C’est facile, c’est ceux qui ont le moins de choix. Comme ça, si les légumes ne sont pas bons, vous pourrez venir les engueuler directement.

Mais pourquoi s’obstiner alors ? Parce que les commerçants se doivent de vendre des produits conformes à un catalogue officiel. Ce dernier établit des critères stricts en termes de taille, poids, couleur, etc. On le savait et c’est ce qui explique que tous les légumes et fruits vendus partout se ressemble. Ces critères stricts (pour ne pas qu’on vende n’importe quoi aussi, il faut être juste) éliminent d’office les tomates qui ne présentent pas toujours la même couleur ou la même taille, qui sont trop irréguliers, etc. Bref, les légumes qu’on trouve dans notre jardin. De fait, les personnes qui  vendent des produits qui ne figurent pas dans le catalogue sont hors la loi. Et je n’aborde même pas le problème de la biodiversité, écarté d’un revers de la main par les semenciers.

Ce système est, de fait, très favorable aux gros producteurs qui usent de l’hybridation et des manipulations génétiques pour que leurs légumes soit conformes au catalogue. La plupart des tomates vendues sont donc hybrides**.

Ce type de tomate a de beau jour devant elle. La dernière en date : la FW13. Cette dernière ne pourrie pas. Elle confit… sans commentaire.

Bref vous savez ce qu’il vous reste à faire. Si vous voulez manger de bonnes tomates durant l’été, faites-les pousser !

 

Festival Tomatina à Bunol en Espagne. Crédit : http://theflyingtortoise.blogspot.fr

Festival Tomatina à Bunol en Espagne. Crédit : http://theflyingtortoise.blogspot.fr

A voir, à lire

 

Tout sur les techniques des industriels pour nous faire manger de la tomate sans gout.

 


Tomate, à la recherche du goût perdu VFSTF… par conscience33

 

Documentaire un peu kitch, façon pub pour le gaspacho en brique. Il permet d’en connaitre un peu plus sur la tomate et ses différentes variétés.

 

 

les tomates voient rouge_1/2 par tchels0o

les tomates voient rouge_2/2 par tchels0o

Web doc sur la culture de la tomate en Afrique

http://webdoc.rfi.fr/dark_side_tomato/

 

*Sur la polémique de la nature de la tomate, cette dernière est effectivement un fruit d’un point de vue botanique. Elle est cependant considérée comme un légume car on l’utilise essentiellement pour des préparations salées.

 

** Il y avaient 352 variétés hybrides en 2011 sur 357 variétés autorisées à la vente. Le groupe Limagrain en a créé 185 variétés. On a répertorié 7459 variétés de tomates différentes dans le monde.

Share On Facebook
Share On Twitter
Share On Google Plus
Share On Linkedin
Share On Pinterest
Contact us

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Show Buttons
Hide Buttons