Le jour du dépassement : exemple d’une communication nulle

Je suis tombée sur le JT de France 2 à 20h hier…

A la suite d’une série de reportages tous plus déprimants les uns que les autres (émeutes et problèmes raciaux aux US, mort d’un petit garçon en colonie de vacances, bombardements en Ukraine, bon retour de vacances !), l’un des derniers sujets portait sur l’épuisement des ressources de la planète ou le fameux jour du dépassement. Et là, j’ai hurlé intérieurement.

Le jour du dépassement, en gros, c’est le jour où nous avons fini de dépenser toutes les ressources renouvelables de la planète. C’était donc le 19 août. Cette échéance arrive de plus en plus tôt chaque année et nous vivons ainsi « à crédit » … grosso modo.

Le reportage du JT de France 2 en intégralité c’est ici 

 

consommation terre

Comment est-ce calculé, quels sont les éléments pris en compte, qu’entend t-on par ressources ? Tous ces points ne seront, bien sûr, pas évoqués, dans le reportage. Ce qu’on en retient ? Nous fonçons droit dans le mur et c’est de notre FAUTE.

Au même titre que le journal de 20 h de France 2, toute la presse a recraché l’information sans la questionner.

Action, réaction !

Entendons-nous bien, je suis depuis longtemps sensibilisée aux problèmes environnementaux. Je ne remets pas en question la conclusion de l’association à l’origine de cette mesure (je ne suis pas une spécialiste). Non, ce dont je souhaite parler dans ce billet, c’est la communication autour des problèmes environnementaux.

Ce type de présentation est à la fois simpliste et totalement contre-productif. Pourquoi ? Car ce type de reportage ne fait que dire aux gens : « voilà, nos ressources sont épuisées, on fonce droit dans le mur et on va tous y passer ». Il n’y aucun message positif là-dedans. Pourquoi un individu s’échinerait à trouver une solution quand on lui annonce que c’est foutu d’avance. Sans parler de la manière très simplifiée et moralisatrice dont est traitée l’information. Il n’y a rien de moins simple que l’éco-système. Certaines ressources se renouvellent plus vite que d’autres, on en épuise davantage à certains endroits, etc. Je ne suis pas du tout une spécialiste mais selon moi, cela relève tout simplement du bon sens.

Le consommateur pointé du doigt

C’est l’association Global Footprint Network qui est à l’origine de ce calcul. Sur son site, elle tient d’ailleurs à répondre à certaines critiques méthodologiques.

On peut ainsi calculer en quelques minutes son empreinte écologique. J’ai fait le test. Résultat : si tout le monde vivait comme moi, les ressources nécessaires équivaudrait à 1,9 planètes.

Ok…

Du coup, j’ai décidé de créer la personne parfaite*, respectant à la lettre les conseils donnés par le ministère de l’environnement, vivant dans une ville sans être entourée de sources d’énergies renouvelables, ce qui est le cas de pas mal de monde. Une personne végétarienne qui se déplace peu et qui consomme peu et local.

Résultat :

empreinte carbone test

Faites le test, c’est édifiant.

Soit il y a un gros soucis avec le test, soit il y a un soucis de système. Je penche pour les deux.

Culpabiliser n’est pas informer

L’idée derrière ce questionnaire est de dire qu’en tant que « consom’acteur », nous sommes responsables de ce que nous faisons et de ce que nous consommons. C’est considérer qu’à partir du moment où le consommateur réduit ou arrête sa consommation, le problème est résolu. Sauf qu’on voit bien que non. Même en respectant toutes les « recommandations » officielles, voire en les dépassant (végétarisme par exemple), nous n’arrivons pas à consommer moins que les ressources de la planète. Faut-il mettre tout ça sur le dos du consommateur ? C’est oublier les lobbys, le marketing et tout ce sur quoi repose notre économie. Le problème n’est pas simple et la solution ne l’est pas non plus.

Pour en revenir au message et à la façon dont il est présenté, je pense qu’il est totalement contre-productif de culpabiliser à l’extrême les individus sur leur mode de vie, tout simplement parce que ce type de discours entraine souvent un rejet et donc un effet contraire de ce que l’on veut produire.

C’est comme dire à un fumeur que la cigarette va le tuer. Arrêtera-t-il de fumer pour autant ? Non. Par contre, si vous lui dites que s’il arrête, il sera en meilleure forme, que ses problèmes digestifs s’amélioreront, qu’il économisera assez pour partir en voyage tous les ans, qu’il évitera à ses enfants d’avoir de l’asthme… là, il y a fort à parier qu’il se pose des questions.

 

Si vous souhaitez connaitre votre empreinte écologique :

http://www.terragir.ch/calculez-empreinte-ecologique

http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/personal_footprint/

*Profil de cette personne « parfaite »: végétarien, courses au marché avec un certain pouvoir d’achat pour acheter souvent des produits bio, peu d’achats de vêtements par mois, achète rarement des produits électroniques, achat d’une revue, un journal plusieurs fois par mois, recycle tout, une table et une lampe achetées par an, habite dans un immeuble construit après 1980, chauffage électrique, construction béton, dans un 100m2 à 4, pas de production d’eau à l’énergie solaire, chauffage à 19°C durant l’hiver, toutes les lampes à économie d’énergie, éteint tous les appareils en veille, aucune idée du pourcentage d’énergie renouvelable consommé, tous les appareils électro-ménager classé A (soient des appareils récents), lavage basse température, séchage naturel du linge, déplacement souvent à pied ou à vélo, moins de 2000 km par an en voiture (passager et conducteur), pas de déplacement en moto, consommation voiture entre 6 et 9 l/100, 25% de covoiturage, pas de train et entre 10 et 20km par semaine en transport en commun (si on habite pas trop loin de son travail et qu’on habite en ville), ne prend jamais l’avion.
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